Moi sans filtre (Partie 1)

Moi, sans filtre (partie 1)

Ceci est l'histoire de Jacqueline

Genèse d’un mal-être

C'est toute jeune que j'ai pris conscience de mon obésité, à dix, douze ans. Je faisais beaucoup de sport à l’école, de la gymnastique et je n’arrivais pas à faire certaines choses, par rapport à mes petites copines. Je n’étais pas pareille, différente. A la maison les choses n'étaient pas roses, ma mère était bipolaire, la nourriture est devenue un refuge.  Quand mon entourage me faisait des compliments, c'était sur mon visage uniquement. Tout le temps sur mon visage… et moi en creux, j’entendais que j’étais grosse. C'est ainsi, qu'enfant, j'ai découvert que je n’étais pas dans la norme, alors que c’est ce que l'on veut à cet âge-là, c'est être « normal ».

En fait je n’avais aucune confiance en moi, surtout à l’adolescence. J’étais très timide. Pas de petit copain… Ma famille était restreinte, mais j’étais très protégée, peut-être trop. C’est plus tard, quand ma mère est décédée et que mon père a pris le relais que j’ai été hospitalisée. A 22 ans, j’ai fait une dépression lourde, et j’ai été envoyée dans une clinique pour me remettre, et perdre du poids. Mais je suis ressortie plus cassée que quand j’y suis arrivée !

49 ans de vie

Disons qu’à chaque fois que j’ai eu des problèmes, il y avait des pertes ou des prises de poids… quand j’ai eu des chagrins d’amour, etc… Et puis j’étais une grosse fumeuse pendant des années. Alors, quand j’ai arrêté, j’ai pris 22 kg, il y a 4, 5 ans. Ça a été un des éléments déclencheurs de mon opération, j’avais atteint des records, dans les 120 kg. Je me suis dit, ce n’est pas possible, il faut que je fasse quelque chose. J’ai eu le diabète en 2006, ça a été un coup, j’avais 38 ans… puis un infarctus en 2010 à 40 ans. Je me suis dit, il faut que j’arrête de faire semblant de ne pas comprendre que le problème, c’est le poids. C’est un faisceau d’indices, je tournais autour mais c’était le poids. Après l’infarctus, tous les antécédents médicaux, mes problèmes familiaux, mes dépressions chroniques, mon médecin a enfin réussi à m’orienter vers un psychiatre.

L’accompagnement psychologique

Il a pris sa retraite, maintenant, mais j’ai commencé à voir mon psychiatre peu après mon infarctus. Ça a été le début des démarches. Les psychiatres sont d’ailleurs beaucoup critiqués, même dans les groupes de paroles, alors que j’y crois beaucoup ! Pour moi, ce n’était pas un distributeur de cachets, le fait qu’il soit médecin me rassurait. Il ne m’a pas donné de médicaments, jamais fait la moindre ordonnance, en 7 années de suivi. S’il n’avait pas pris sa retraite, j’aurai continué. J’ai eu du mal à en retrouver un,  c’est tellement difficile. On m’a parlé de coach, de psychologues… mais ce n’est pas ça qu’il me faut. Ils sont durs à avoir au téléphone, j’avais l’impression de ne pas savoir à qui m’adresser.

Des tentatives de soins infructueuses

Avant la clinique, je n’avais pas tenté de régimes, pas vraiment. Ma mère me disait de faire attention mais elle est décédée quand j’avais douze ans… Mon père me récompensait quand j’avais des bonnes notes, et je mangeais des bonbons. Et puis j’ai été hospitalisée 9 mois, dans les années 90. Ça coûtait très cher, et c’était inhumain. Mon père pensait que c’était bien, mais j’avais des pesées toutes les semaines, une pression folle… c’était une angoisse ! Je m’en rappelle alors que c’était il y a 25 ans. Je devais passer sous la barre des 100 kg, et je n’y arrivais pas, je stationnais à 101 environ. Ce sont des méthodes préhistoriques ! J’étais à côté de la plaque à cause des médicaments, personne ne m’a parlé des effets secondaires à l’époque. J’ai eu des accidents de voiture à cause de l’endormissement au volant, c’était dangereux et j’étais abrutie par les cachets. En fait, la dépression est multifactorielle, mais le poids n’est pas anodin, il a beaucoup à voir là-dedans. On avait une autre vision de la santé, on était au moyen-âge. Les adultes fumaient avec les enfants dans la voiture, alors qu’aujourd’hui c’est impensable ! Je n’avais pas le suivi qu’il y a actuellement. On a fait beaucoup de progrès sur tout ça, et les mentalités évoluent vite, heureusement.

Par Audrey Leclere

A suivre (...) 

Commentaires (5)

PEREIRA
  • 1. PEREIRA | 20/02/2017
Le surpoids, et l'obésité encore plus, est difficile à vivre pour la plupart des personnes. Mais découvrir son origine et ses raisons reste très difficile. D'où l'importance de se faire aider. Bravo pour cette prise de conscience et le partage de cet historique. Bien à toi. Zaza
LilaLila
  • 2. LilaLila | 20/02/2017
Ma chère Jacqueline,
Comment te dire ou t'écrire ce que j'ai ressenti à la lecture de ton témoignage, c'est compliqué, beaucoup de tristesse beaucoup de renvoi à ma propre histoire.
Très douloureux ces souvenirs....
Merci mille fois de t'être dévoilée à ce point, j'espère un jour pouvoir en faire autant.
Belle leçon de vie,
Je t'embrasse très affectueusement.
Chloe
  • 3. Chloe | 19/02/2017
Super témoignage, j'attends la suite avec impatience !
Sylvia
  • 4. Sylvia | 19/02/2017
C'est un témoignage bouleversant Jacqueline ! Parler ou écrire libère, c'est un grand pas vers la liberté et la sérénité. C'est ce que je te souhaite de tout coeur. Pensées et à bientôt de te revoir.
Linda
  • 5. Linda | 19/02/2017
Jacqueline ton histoire m’émeut, comme tant d'autres chacune avec sa singularité. J'ai conscience que se dévoiler n'est pas évident et je te félicite pour ce courage. Un nouvel espace d'expression de nos maux mais pas que car on se prend en main désormais.
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